Les livres recommandés par vos bibliothécaires - 7

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Cette semaine retrouvez les avis des bibliothécaires sur 6 livres dont un anglais ! Car oui, la numothèque possède également quelques livres en langue anglaise.

 

Xavier et Pauline se sont enthousiasmés pour le road-trip de deux bras-cassés à travers l'Ouest américain partis à la recherche d'une disparue. Pauline s'est également plongée dans deux autres romans : un polar social anglais porté par deux femmes et un roman jeunesse qui raconte les silences entre un père et son fils. Morgane a aimé la lettre de ce père à sa famille pour lui raconter ses origines et lui parler du racisme. Béatrice nous fait voyager autour du monde puis dans le passé (en anglais).

Le Dernier Baiser / James Crumley

Le Dernier BaiserPar Xavier, bibliothèque Centre-Ville de Grenoble

Du polar à l’eau-de-vie

Embauché par l’ex-femme d’Abraham Trahearne, C.W. Sughrue, détective privé, se voit confier une mission somme toute assez simple, le ramener au bercail. Le célèbre écrivain est parti dans une de ses multiples errances orgiaques. Quand Sughrue retrouve Trahearne, celui-ci est assis comme il se doit, au comptoir d’un bar, en compagnie d’un bouledogue alcoolique, Fireball Roberts. L’histoire aura pu s’arrêter là pour Sughrue. Mais, en commandant une bière à la patronne, il s’engage sur la voie d’une seconde enquête, autrement plus ardue : retrouver Betty Sue, fille de la barmaid, disparue depuis… 10 ans. A la suite d’une malencontreuse fusillade, Trahearne est immobilisé, blessé au postérieur par une balle perdue. Subjugué par une photo de Betty Sue, Sughrue accepte, pour quelques malheureux 87 dollars, d’aller fouiner sur la piste de la disparue. C’est ainsi que ce trio improbable, formé par Trahearne, auteur en mal d’inspiration et englué dans des problèmes conjugaux, le chien Fireball, qui a comme idée fixe de lamper un restant de bière, et Sughrue, se lance à la recherche de Betty Sue. Très vite, ils vont s’apercevoir qu’elle a mal tournée…

Personnage haut en couleur, alcoolique, ancien du Vietnam, porté les armes et les drogues, avec un faible pour les femmes (dangereuses), Sughrue n’a pas la langue dans sa poche. Il fait preuve d’un humour féroce. Sans grande ambition dans la vie, mis à part avoir de quoi remplir sa glacière de bières et n’avoir jamais le gosier sec, le privé du Montana se lance dans une enquête difficile. Cynique et parfois d’une violence surprenante, Sughrue est néanmoins incapable de dire non aux sollicitations. James Crumley construit une histoire tordue et retors, qui mêle deux intrigues. On retrouve du Jim Harrison dans son écriture, cette expressivité et cette tendresse pour des personnages cabossés et l’immensité des paysages de l’Ouest américain.

Une écriture caustique et pleine d’humour, vibrante de la nostalgie des grands espaces. Crumley au sommet de son art !

James Crumley (1939-2008) est originaire du Texas, où il y fait ses études et sert deux ans dans l’armée. Devenu ensuite professeur de littérature composition littéraire, il travaille pour plusieurs universités aux Etats-Unis. Dans les années 1960, il s’installe dans le Montana et peu après, il abandonne le professorat pour se consacrer à l’écriture. Son premier roman, Un pour marquer la cadence (1967) est un récit touchant consacré à la guerre du Vietnam. Dans ses principaux romans, James Crumley met en scène deux détectives privés, parfaits anti-héros : C.W. Sughrue et Milo Milpdragovitch. Dernier baiser est le premier roman consacré par Crumley au personnage de C.W. Sughrue.

 

Par Pauline, bibliothèque Centre-Ville de Grenoble

Road-trip alcoolique et mélancolique

Attention, chef d’oeuvre ! Déjà, pour commencer, un titre pareil, ça contient en peu de mots autant de mélancolie que nécessaire ; ensuite, une première phrase de ce genre, ça promet une aventure entre chien et homme qui ne sera pas de tout repos.

A Sonoma, Californie, les rêves sont déjà loin et l’alcool, forcément thérapeutique. Sughrue, détective privé, est missionné pour retrouver Trahearne, écrivain borderline qui a fui femme et mère. Il le retrouve dans un bar et ils se lient d’amitié. C’est là le début de l’histoire, car la patronne du bar charge ensuite Sughrue de retrouver sa fille, Betty Sue, disparue des années plus tôt…

Ces deux bras cassés vont écluser les bars à la recherche de la vérité et traverser l’Amérique des années 60 entre ivresse et gueule de bois. De la même trempe (c’est-à-dire de l’école du Montana) que Jim Harrison notamment, James Crumley nous embarque dans une roman noir tendre, drôle et attachant, à l’intrigue aussi compliquée qu’un vieux rêve un lendemain de cuite.

Franchement, vous comptez sérieusement passer à côté de ça ?

Les oubliés de Londres / Eva Dolan

Les oubliés de Londres Par Pauline, bibliothèque Centre-Ville de Grenoble

Portrait de femmes

La gentrification va bon train en plein cœur de Londres et les anciens immeubles sont démolis afin de construire de nouvelles résidences revendues beaucoup plus chères, parfois à seules fins de spéculation immobilière. Hella est une jeune activiste aux méthodes revendiquées comme pacifistes. Molly, de plusieurs années son aînée, la seconde. Mais quand un cadavre apparaît dans l’un des derniers immeubles encore debout, les deux amies doivent agir vite, et la vérité, perdue quelque part entre les deux, ne tardera pas à faire surface…

Sur fond de lutte sociale, ancré dans la réalité, ce polar s’accompagne d’une réflexion sur les violences faites aux femmes, sans jamais être manichéen. Il orchestre un fabuleux face à face entre deux femmes, porté par la narration, alternée entre les deux héroïnes.

Un polar social anglais et actuel.

Mon père des montagnes / Madeline Roth

Mon père des montagnes

Par Pauline, bibliothèque Centre-Ville de Grenoble

Une montagne de silence

 Lucas passera une semaine avec son père dans une maison à la montagne, c’est décrété. Tu parles de vacances ! Coincé avec cet ours des montagnes loin de tout, et surtout de tout réseau. Un confinement avant l’heure, mais le problème, c’est que Lucas et son père ne se parlent pas. Ou très peu. Et l’un comme l’autre ne savent pas trop pourquoi, ni comment ils en sont arrivés là. Et si une semaine, c’était suffisant ? Pour se voir, vraiment, et pourquoi pas, pour se parler…

Un roman jeunesse qui parlera justement à tout le monde, subtil, éloquent, zen, économe, avec en prime le chant des oiseaux et le bruit du vent dans les arbres… On s’y croirait presque… Oui, si on ferme les yeux, on entendrait presque vibrer les silences entre les êtres qui s’aiment, et ronronner les non-dits qu’il va pourtant bien falloir dire.

Un roman jeunesse qui fait du bien, tout simplement.

Il est temps que je te dise / David Chariandy

Il est temps que je te disePar Morgane, bibliothèque municipale internationale de Grenoble

Blessures du racisme ordinaire

  C’est la lettre qu’un père écrit à sa fille, toute jeune adolescente. En creux, en écho, l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ce pays auquel le Canada s’est toujours estimé moralement supérieur, plus tolérant et plus ouvert. Mais les mots de l’auteur transpirent surtout d’un amour immense, celui d’un père pour ses enfants, d’un fils pour ses parents.

Le 29 janvier 2017, un homme armé pénètre dans une mosquée de Toronto et ouvre le feu. Il fera six victimes. La fille de David Chariandy, écrivain canadien aux origines afro-asiatiques, est âgée de treize ans. "Il est tellement horrible ce monde", s’émeut-elle.

David Chariandy écrit d’abord pour sa fille, pour lui raconter l’histoire de ses propres parents. Mais écrire, c’est aussi attirer l’attention sur la façon dont les générations précédentes ont affronté le racisme et la sempiternelle question : « d’où venez-vous vraiment ? », puisqu’il est inconcevable que les "personnes de couleur" puissent ne pas venir « d’ailleurs ».

En tant que père, en tant que parent, David Chariandy se doit de partager avec ceux qu’il aime la réalité du monde. Il le fait avec sobriété, questionnant tout à la fois les notions de privilèges et de place dans la société, la question des origines et du récit familial.

Un texte tendre et puissant, digne et pudique, délicat et nécessaire.

Extérieur monde / Olivier Rolin

Extérieur mondePar Béatrice, bibliothèque municipale internationale de Grenoble

Mémoire vagabonde

Olivier Rolin, après des années de pérégrinations autour du monde a décidé de plonger dans ses petits carnets afin d'en tirer "la substantifique moelle". Récit un peu décousu mais attachant, l'écrivain voyageur nous emmène des Açores au continent africain, en passant par la Russie (beaucoup) l'Asie, ou l'Amérique du sud. Lire Victor Hugo au pôle nord, sillonner Port-Soudan ou Lisbonne, autant de moments de vie, de visages de femmes aimées qu'il partage avec nous, dans ce texte empreint de mélancolie où parfois pointe une douce ironie.

Son écriture précise, vivante et poétique fait souvent référence aux auteurs qui l'accompagnent, Cendrars, Borges, Perec et c'est un bonheur de les redécouvrir avec lui.

Un voyage par procuration : idéal pour patienter pendant ce confinement !

All the Light We Cannot See / Anthony Doerr

All the Light We Cannot SeeA Light in the Night

Par Béatrice, bibliothèque municipale internationale de Grenoble (Written in french by Béatrice and translated into english by Morgane :-))

 A historical thriller that takes us from Brittany to Paris and Germany, following characters in the midst of a war that will change their lives forever.

Marie-Laure is a sixteen-year-old blind girl who has fled to Saint-Malo with her father. Will she cross paths with Werner, a smart young German boy with a knack for engineering, forced to work for the Nazis ?

And what about the creepy officer Vom Rumpel, who won’t stop until he gets his hands on the diamond which has been hidden by the Museum of Natural History’s curator, Marie-Laure’s father ? (Are you still with me?)

These are a few of the questions that readers are bound to ask themselves. Reminiscent of Jules Vernes, Anthony Doer has woven an intricate and fascinating story where characters’ destiny meet and offer a deeper reflection about living in times of war.

A precious read while we are in quarantine.

 

Visuel : Image par Perfecto_Capucine de Pixabay